Un cerf.
Le souffle coupé, je mesure ma chance. On n'en voit presque jamais. On les entend, on trouve leurs traces, mais on ne les voit jamais.
C'est un mâle. Il a encore ses bois, des bois gigantesques qui ne tarderont sûrement pas à tomber.
Comment ne m'a-t-il pas sentie ? Je suis assise en plein milieu du chemin, visible comme... Ça y est, il m'a vue. Il vient vers moi. Lentement. Paisiblement. Il ne fait pas mine de charger. Il s'approche. Il est énorme.
Et tout près. La tête un peu de côté, il me regarde en reniflant à petits coups. Je suis paralysée, incapable de bouger, incapable de me lever. Mais je n'ai pas peur. Il ne me veut pas de mal. Il ne me veut rien. C'est ce qui est bien avec les animaux sauvages. Ils ne nous veulent rien. Même quand ils nous bouffent. Je relâche un peu ma respiration. Il s'approche encore. Le le vois à peine, tant la lumière est forte et m'éblouit. Un pas, puis un autre. Il n'est plus qu'à quelques centimètres. Son souffle sur mon bras.
Il avance encore une patte et, soudain, d'un seul élan, me traverse.
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