Elle accuse le coup, puis reprend.
"Oui, c'est aussi ce que je craignais, au fond. Tu sais, ça a toujours été une drôle de gamine, quand même. Même pour une Bénévolente. On aurait dit une petite souris timide, le genre à ne jamais se faire remarquer mais que rien n'arrête quand elle a décidé de quelque chose...
- Oui, voilà. Et personne n'a de nouvelles ? Grégoire ? Ou Véronique ? C'est bien avec Véro qu'elle est partie, non ?
- Grégoire, on ne l'a plus beaucoup revu depuis, je dois dire. Et ça n'avait pas l'air d'aller fort. Vu le gars, il doit ruminer au fond de son trou. C'est qu'il l'avait quand même bien dans la peau, la petite...
- Et Véronique ?
- Alors elle, je l'ai revue cet hiver, quand elle est venue m'apporter de nouveaux cahiers. Écoute, elle ne m'a pas dit grand-chose, juste de ne pas m'inquiéter, qu'elle l'avait laissée dans de bonnes mains, c'est tout.
- Et tu n'as pas cherché à en savoir plus ?
- Tu connais Véro... Une vraie tête de mule. Une de plus, je devrais dire, parce qu'ici, la tête de mule, ça profite encore mieux que le morpion sur un cul de moine... Bon, et toi, ma poulette ? T'en es où dans tes amours ?
- Bof...
- Allez ! Tu vas pas me dire que t'as pas retrouvé une petite pour te réchauffer la couette, non ?
- Ben vu que je suis folle...
- Arrête tes conneries...
- Il y a bien Liseron, mais bon...
- La petite cavalière, là ? Tu choisis bien tes fréquentations !
- Ben tu me demandes...
- Je te fais marcher. C'est vrai qu'elle est mignonne. J'aurais quarante ans de moins...
- Tu t'intéresses aux filles, toi ?
- Héhé ! Tu ne sais pas tout, ma grande ! Non, sans déconner, faut pas que tu restes trop toute seule, ça ne réussit à personne, tu sais ?
- Ben en même temps, j'ai même plus trop envie, tu vois ?
- On m'a changé ma Lulu !
- Ouais...
- Tiens, tu connais pas la nouveauté ? Il paraît qu'il y en a qui font la putain, du côté des Tatoués !
- Ah ouais ?
- Ouais. Des cabanières, en fait, mais Tatouées. Elles ont monté un genre de boxon où elles reçoivent les gars en mal d'amour...
- Et elles se font payer comment ?
- En nature, je suppose. En bouffe, en fringues... Y en a qu'ont pas peur d'attraper la vérole ! À commencer par le Sergi. Paraît que c'est lui qui aurait monté l'affaire en amont, avec ses potes...
- Les Patrouillards ?
- C'est comme ça que tu les appelles ? Ce doit être ça... Un gros, là...
- Lobo.
- Oui, voilà. Il réinvestit d'un côté ce qu'il gagne de l'autre. Il a déjà quatre filles qui bossent pour lui et, apparemment, ce ne sont pas les volontaires qui manquent. Ni les clients."
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