Mais non. Il ne sait pas. Il n'aurait pas cet air d'innocence. Il n'attendrait rien, comme je vois qu'il attend. Qu'il espère. Et s'il m'aimait vraiment ? La tête me tourne un peu.
Avec douceur, je lui demande :
"Tu veux vraiment m'embrasser, Mikhaïl ? C'est vrai ?
- Oui..."
Je lui prends les mains et l'attire à moi. Il cligne un peu des yeux, n'osant croire à sa chance. Je suis plus grande que lui, je dois un peu me pencher pour poser mes lèvres sur les siennes. Au même instant, j'ai soudain l'idée de ce que je pourrais lui faire. De tout ce que je pourrais lui voler. Tout. Lui faire ce qu'on m'a fait. Lui voler tout ce qu'on m'a volé. Toute cette innocence. Qui, maintenant, me dégoûte et m'offusque comme quelque chose à quoi, moi, je n'ai pas eu droit. La lui prendre et le dévaster et, pour finir, lui donner ce qu'il veut, après tout...
"Non !"
Je le repousse et m'écroule dans l'herbe humide du bas-côté
"Non... Mikhaïl... Je... je ne vais pas bien... pas du tout. Cours... cours à l'Épicerie, ramène Corentin, Chloé... n'importe qui. Je t'en supplie... Vite !
- Mais... Lu..." bégaye-t-il.
"Vite !"
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